L’odyssée d’une centrale à béton

Agora

Article | 9 septembre, par Renaud LAURETTE

Suite à une mobilisation rapide et efficace des riverains et de quelques associations, le projet d’installation d’une centrale à béton sur le site de Flourens a été abandonné. Sa mise en place aurait généré un fort trafic de camions au travers de quartiers amenés à devenir des centralités urbaines, et présentait un risque environnemental sur le bassin versant du Noncesse à la source duquel il était prévu de l’implanter.

Cet abandon est donc perçu comme une bonne nouvelle par les acteurs y ayant contribué. Mais le fond du problème est-il résolu pour autant ?

Quelques jours seulement après cet abandon, un nouveau projet d’installation de cette même centrale émergeait à St Orens, levant – on s’en doute – les mêmes craintes et les mêmes questions. Que va-t-il se passer maintenant ? Une mobilisation semblable des riverains ? Qui conduirait à un nouvel abandon ? Suivi de l’émergence du même projet sur un troisième site ? Puis un quatrième ?

Cette situation permet de mettre en lumière plusieurs points auxquels il n’existe pour l’instant pas de vraie réponse.

  • Nous vivons dans une métropole active qui se développe, et qui,à ce titre, consomme du béton qu’il faut bien produire quelque part ;
  • La production de béton – c’est le sujet du moment, mais ce serait vrai d’autres activités industrielles – nécessite non seulement un site pour l’accueillir, mais aussi un ensemble d’infrastructures (pour acheminer, produire et distribuer les constituants et les produits) qui soient correctement dimensionnées et intégrées dans le tissus de la métropole.

Autrement dit, les zones dites « d’activité » qui existent aujourd’hui ne sont pas toutes aptes à accueillir les mêmes entreprises, et notamment celles dont l’impact sur l’environnement ou sur les réseaux (énergie, eau, transport) sont les plus importants. Dans la réalité, la création de telles zones par les différents conseils municipaux, a souvent davantage répondu à l’idée de favoriser une activité économique sur la commune que résulté d’une analyse approfondie des impacts (positifs et négatifs) que de telles activités auraient sur la même commune, voire sur ses voisines. Avec la métropolisation des enjeux et des décisions en matière d’aménagement du territoire, un raisonnement à la fois plus global géographiquement et plus détaillé dans la prise en compte des différents types d’impacts devient nécessaire.

Un choix s’offre désormais aux élus, à l’échelle de la métropole.

  • Affirmer la volonté d’un développement économique et aménager le territoire en conséquence, par une sélection de terrains ciblés que l’on puisse aménager en prenant en compte les contraintes de voisinage, les contraintes environnementales et l’aptitude à être desservis par des réseaux adéquats (en effectuant les réserves foncières nécessaires)
  • Prétendre avoir une volonté de développement mais sans l’organiser suffisamment et s’exposer ainsi à la multiplication des rejets par la population, faute de cohérence dans les aménagements
  • Renoncer à certaines activités sur le périmètre de la métropole.

L’APCVEB réagira face à la deuxième option, qui consisterait à ne pas assumer pleinement un choix politique. Elle s’intéressera de près à la première option, afin qu’un nécessaire débat citoyen l’accompagne et que les options prises soient compatible d’un respect de l’environnement et d’un développement durable.

Quant à la troisième option, elle nécessiterait – sauf à valider une politique de décroissance - une gouvernance sur un périmètre qui soit davantage celui de la région que celui de la métropole, afin d’optimiser les activités économiques sur des périmètres plus larges. C’est très clairement souhaitable, mais plus difficile à atteindre en partant de la situation actuelle.

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