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Pyrale du Buis : dernières innovations

mercredi 26 avril 2017, par (extrait de presse)

Cet article, rédigé par Nathalie de Bernard, a été initialement publié dans le bulletin de l’association botanique La Salicaire. La version présentée ici a été reprise par l’auteur et reproduite avec son autorisation.

Bonne nouvelle pour tous les jardiniers en guerre contre la pyrale du buis : un nouveau dispositif de piégeage biologique a été mis récemment sur le marché, après une année de tests par l’INRA (Institut national de la recherche agronomique). Commercialisé depuis mars 2016 en France, il s’agit à la fois d’un nouveau modèle d’entonnoir et, surtout, d’un nouveau diffuseur de phéromones, beaucoup plus puissant que ceux qui existaient déjà.

Piège olfactif à entonnoir

Le principe du piégeage par leurre olfactif est simple : une petite capsule de phéromones sexuelles, diffusant l’odeur de la pyrale femelle, attire dans le piège les papillons mâles en plein vol nuptial. Non seulement cela décime la population de ces insectes ravageurs, mais cela provoque un phénomène de « confusion sexuelle » qui empêche l’accouplement des papillons restés en liberté.

Beaucoup d’entre nous avaient déjà recours à ce procédé, en complément des pulvérisations d’insecticides contre les chenilles (à base de Bacillus thuringiensis). Le piégeage des papillons est très efficace. A titre d’exemple : 500 à 700 papillons capturés chaque année dans les trois pièges à entonnoir, placés dans mon parterre de buis, à Flourens. Mais cette méthode a fait des progrès grâce à la dernière innovation du groupe Shin-Etsu : le numéro un de la chimie japonaise a en effet conçu un diffuseur en silicone, beaucoup plus performant que les petits tubes en plastique habituels.

Un diffuseur plus efficace

C’est ce qu’affirme l’INRA après une année de tests comparatifs à grande échelle [1], menés dans le Vaucluse. Quatre diffuseurs de phéromones étaient en compétition. Et c’est celui de Shin-Etsu (nom de code CpeX211) qui remporte la bataille haut la main, avec deux à trois fois plus de papillons capturés que les diffuseurs classiques commercialisés jusqu’ici en France. A cette « attractivité nettement supérieure », saluée par les ingénieurs de l’INRA, s’ajoute « une excellente persistance d’action couvrant la période d’avril à novembre, soit l’ensemble de la période de vol des papillons de pyrale du buis ».

C’est la principale particularité de l’invention japonaise : ces bâtonnets de silicone [2] restent actifs durant huit mois d’affilée, alors que les autres modèles de diffuseurs doivent être changés toutes les 6 à 8 semaines pour être efficaces sur l’ensemble des trois cycles annuels de reproduction de la Cydalima perspectalis (mai, juillet-août, septembre-octobre). Ils sont certes plus onéreux (environ 12 € TTC l’unité), mais reviennent quand même moins cher qu’un diffuseur classique à remplacer quatre fois dans la saison !

L’INRA, dans cette même expérimentation, avait un second objectif : tester son nouveau prototype de piège en le comparant à cinq modèles existants. Baptisé Buxatrap, son nouveau piège a une différence essentielle avec les modèles Entonnoir les plus utilisés : sa cuve est conçue pour fonctionner sans qu’on y ajoute de liquide. Ce piège « sec » est donc beaucoup plus pratique d’utilisation : plus besoin d’entretien hebdomadaire pour vider les papillons et remettre à niveau l’eau additionnée de gros sel et de liquide vaisselle. Les papillons mâles de pyrale du buis meurent dans le réservoir plastique de mort « naturelle » ou sous l’effet de la chaleur estivale.

Un piège pour toute la saison

Conjugué aux nouvelles phéromones longue durée, le piège s’installe en avril et reste en place, sans manipulations, jusqu’à fin novembre. Un gain de temps considérable pour les gestionnaires d’espaces verts publics ou de grands parcs de châteaux. Pour autant, l’INRA admet que les pièges à eau classiques capturent autant de papillons que le nouveau Buxatrap (vendu environ 16 €), à condition d’être équipés de diffuseurs efficaces. Ne jetez donc pas vos vieux pièges !

J’ai moi-même commencé à tester, l’an dernier, le nouveau matériel breveté par l’INRA et lui trouve deux petits inconvénients. Primo, ces pièges secs requièrent, chacun, deux capsules de phéromones (au lieu d’une dans les pièges à eau), ce qui coûte plus cher. Secundo, vider régulièrement les papillons noyés dans la cuve est certes astreignant, mais a un intérêt : le comptage permet un monitoring précis des cycles de reproduction et le repérage des « pics de vols » nuptiaux. Or, en cas de présence massive de la redoutable pyrale, si on ne veut pas voir ses buis transformés en dentelle jaune, c’est 8 à 10 jours après ces pics que les insecticides bio auront le maximum d’efficacité sur les toutes jeunes larves. Mieux vaut donc garder au moins un piège à eau pour surveiller les pics de près et faire au bon moment les pulvérisations au Bacille de Thuringe.

Deux précisions pour finir. Primo, sur le nombre de pièges à prévoir : sachez qu’ils ont un rayon d’action d’environ 15 mètres s’ils sont placés à un endroit assez ventilé. Secundo, sur la méthode d’installation du diffuseur Ginkobuxus, qui n’est malheureusement pas expliquée, faute de notice du fabriquant : les bâtonnets de silicone, très fins, ne tiennent dans leur petit panier que si vous les nouez avec un bout de rafia ou d’élastique, coincé ensuite par le couvercle du panier.

Notes

[1] Résultats des tests de l’INRA

[2] Distribués en France par la société Crisop.

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