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Jonction Est

L’avis de l’APCVEB

lundi 13 juin 2016, par Webmestre

Pratiquement dix ans après la première concertation, le Grand Toulouse, devenu Toulouse Métropole, rouvre le dossier de la Jonction Est, cet échangeur envisagé entre Montaudran et Lasbordes, face à la Cité de l’Espace , au sud de l’aérodrome.

Dans le cadre de la concertation qui s’est tenue du 9 mai au 12 Juin 2016, notre association a remis l’avis ci-dessous. Les notes de bas de page, les illustrations et les cartes sont des précisions à l’attention du lecteur : elles ne font pas partie de l’avis transmis.

La cohérence des calendriers

Une révision technique du SCoT a été arrêtée le 29 Janvier 2016. Cette révision mineure sera suivie d’une révision majeure dont les enjeux sont nombreux [1] : ajustement du nombre et de la localisation des pixels [2], notamment sur l’est Toulousain, revalorisation et prise en compte des potentiels économiques des espaces agro-naturels de la vallée de l’Hers, déclinaison de la trame verte et bleue [3] , promotion de l’agriculture intra et péri-urbaine. Cette révision devra proposer un modèle de développement urbain conciliant d’une part la limitation des déplacements humains énergivores et polluants, et d’autre part les impératifs liés au réchauffement climatique et à la préservation des biotopes et des terres fertiles.

Ces nécessités pourront amener à reconsidérer l’aménagement du bassin versant de l’Hers dont les espaces agro-naturels offrent encore un potentiel précieux pour Toulouse Métropole, notamment à la confluence Hers-Saune, secteur impacté par le projet de Jonction Est [4] Tant que le nouveau SCoT n’est pas connu, il est prématuré d’entreprendre des infrastructures très coûteuses en investissement et impactant durablement l’Est Toulousain, qui pourraient se trouver inappropriées.

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Les projets autour de la Jonction Est

Les déplacements

Le projet soumis à concertation favorise les déplacements automobiles individuels alors que l’objectif du PDU [5] est la réduction de la part modale des déplacements automobiles.

La concession faite à l’automobile par cette jonction doit être compensée par un renforcement des transports en commun et des modes doux.

Les lignes Linéo 1 et 7 devront être effectivement prolongées [6] au-delà du périphérique pour desservir les zones d’aménagement prévues par le futur SCoT. Elles devront également s’articuler avec une prolongation de la LMSE [7]

La voie verte piéton-cycles prévue dans le cadre du projet et devant relier la RD16 à la Grande Plaine devra davantage être pensée comme un axe de déplacement rapide à vélo (une vélo route [8]) afin de constituer une alternative réelle à l’automobile.

De telles vélo-routes devront également accompagner le tracé des lignes Linéo et LMSE, afin de constituer un réel réseau de déplacements alternatifs, grâce à des réservations foncières appropriées. Cette approche ne transparaît pas dans le document soumis à concertation : la voie verte piéton-cycle, par sa nature et ses connections, correspond davantage à une fonction de loisir qu’à une fonction utilitaire de déplacement.

Un projet de jonction doit, de plus, nécessairement être accompagné d’une étude de trafic qui évalue les impacts du projet, de la mise en place des lignes Lineo et des voies cyclables sur les différents types de déplacement. Il s’agit de vérifier notamment le dimensionnement adéquat des infrastructures de déplacement voisines du projet, et de prévoir, le cas échéant, leur ajustement dans le cadre du projet (impact économique d’ensemble). Une telle étude n’est pas disponible dans le cadre de la présente concertation.

La Trame verte et bleue

Le SCoT actuel (DOO page 19 [9]) mentionne des continuités écologiques à préserver ou restaurer. L’une d’elle suit précisément le lit de la Saune au départ de l’Hers et en remontant au travers de la commune de Quint. Outre le lit de la Saune, la pertinence de la continuité est confirmée par des observations de présence et de passage de grands mammifères dans ce secteur [10].

Le tracé de cette continuité écologique est celui de la jonction Est, tel que soumis aujourd’hui à concertation. Ces deux projets sont-ils compatibles ? La loi ALUR demande que la trame verte et bleue soit établie et prise en compte en préalable à tout projet d’aménagement, ce qui nous ramène à la cohérence des calendriers mentionnée précédemment : une future Jonction Est devra préserver les espaces et corridors identifiés dans la Trame verte et bleue et matérialisés dans la prochaine révision majeure du SCoT.

Notons que la préservation de la Trame verte et bleue et des espaces remarquables (espèces protégées, zones ZNIEFF, [11] …) doit être prise en compte non seulement dans la vision cible du projet, mais également dans ses modalités de réalisation, c’est à dire dans le cahier des charges des différents intervenants liés à la conduite des travaux.

Conclusion et avis

L’aménagement du territoire a un impact fort sur la possibilité d’atteindre ou non les objectifs environnementaux de développement durable [12], qui constituent eux-mêmes un enjeu majeur pour la société.

La prochaine révision majeure du SCoT devra prendre en compte l’ensemble de ces enjeux environnementaux : c’est le cadre à partir duquel devront être définies les infrastructures majeures à venir. Il nous semble donc prématuré d’envisager maintenant la jonction soumise à concertation. Nous demandons le report de l’étude d’opportunité après l’adoption de la prochaine révision majeure du SCoT.

P.-S.

Voir également :

Cartographie

Zones alluvionnaires (BRGM)
Espaces d’intérêt écologique (SCoT 2011)
Continuité écologiques (SCoT 2011)
Pixels d’urbanisation (SCoT 2011)
Projets de voirie (SCoT 2011)
Limites de Balma (OpenData)

Notes

[1] Le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) définit les grandes options d’aménagement sur l’agglomération toulousaine. Sa version actuelle a été adoptée en 2011 en dépit d’un certain nombre d’incohérences ou d’insuffisances, et doit faire l’objet d’une révision approfondie (la révision majeure dont il est question ici). Toutefois, avant cette révision majeure, une révision technique est en cours : elle doit permettre, sur le plan règlementaire d’effectuer une mise en cohérence avec les lois dites "Grenelle".

[2] Le SCoT découpe le territoire en "pixels". Il s’agit de carrés de 300m de coté ayant vocation à être aménagés. Le SCoT précise si l’aménagement sera dédié à l’habitat, à l’activité économique, ou encore à un mélange des deux. Il précise également les densités attendues. Le SCoT de 2011 prévoit trop de pixels sur le territoire, au regard des prévisions démographiques et économiques. Ces pixels sont, de plus, mal placés au regard de l’utilisation optimale des terres (il est prévu de construire sur les terres fertiles, sans laisser d’espace de respiration dans la première couronne et sans prendre en compte la richesse de la vallée de l’Hers). L’APCVEB s’était exprimée à ce propos lors de la concertation de 2011 et s’était mobilisée lors de la campagne municipale de 2014.

[3] La Trame verte et bleue (ou TVB) est définie comme un réseau constitué de réservoirs de biodiversité et des corridors écologiques qui les relient. Le législateur a prévu que cette trame soit définie préalablement aux nouveaux aménagements qui devront la respecter, ou même permettre de la restaurer, là où elle présente des discontinuités. Cette démarche constitue une inversion du regard : au lieu de réserver des espaces de nature dans les projets d’urbanisation (ce qui a été fait depuis des décennies), il s’agit d’urbaniser dans les mailles d’une trame préalablement définie. Cette trame figure sur les documents du SCoT, mais la jonction EST, telle que proposée, est issue d’un projet vieux de 10 ans, antérieur au SCoT actuel et à la loi sur la TVB. De fait, le tracé de la jonction est en conflit avec le tracé de la TVB.

[4] Au cours de la campagne municipale de 2014, l’APCVEB a mis en avant les atouts de la vallée de l’Hers et son caractère alluvionnaire, notamment à la confluence de la Saune. Ces caractéristiques rendent la zone candidate à une agriculture ou un maraichage de proximité plutôt qu’à une urbanisation, qui ne tarderait pas à suivre la mise ne place d’une infrastructure routière de ce type.

[5] Le Plan des Déplacements Urbains (PDU) fixe sur l’agglomération des objectifs pour chaque mode de déplacement. Il prévoit, dans un soucis de développement durable, la réduction des déplacements automobiles au profit des transports en commun et des "modes doux" (vélo, piéton). Le PDU déduit de ces objectifs des orientations en termes d’infrastructures (voiries à redimensionner ou construire, évolution du réseau de transport en commun, maillage cyclable ou piétonnier).

[6] Les lignes Linéo sont, pour Tisséo, des lignes de bus rapides permettant un débit important de voyageurs. L’actuelle ligne 16, qui s’arrête dans Toulouse à la cité de l’Hers, doit, selon le PDU, devenir une ligne Linéo dont le tracé se prolonge jusqu’à Lasbordes, en traversant la rocade. De même une seconde ligne Linéo doit traverser la rocade au niveau de l’échangeur de Montaudran. Ces deux lignes contribuent à la justification de la jonction Est, selon le dossier de concertation. L’argument est que l’aménagement des traversées de rocade au bénéfice de Linéo pénalisera le trafic automobile qui devra être reporté sur le nouvel échangeur. Ici encore, la synchronisation des calendriers (et des financements) est importante : comment sera garantie la synchronisation de ces deux projets s’ils sont menés indépendamment ? Or le plan d’aménagement des deux échangeurs actuels ne fait pas partie du dossier de concertation, pas plus que les terminus des lignes Linéo dans la première couronne.

[7] La Liaison Multimodale Sud Est (LMSE), qui relie le CNES à St Orens pourrait être prolongée par la route de Ribaute, afin de permettre une jonction avec la ligne 84. Le plan d’aménagement, et le lien avec Linéo ne sont pas détaillés dans le dossier de concertation. Ici encore, la pertinence de ces connexions dans le schéma du nouveau SCoT, ainsi que la synchronisation des planning sont importantes.

[8] Une voie verte telle que figurant au projet, est une voie mixte piétons/cycles. Ce type de voie correspond à des déplacements de loisir (vitesse modérée du fait du partage) et ne contribue pas réellement à l’accroissement de la part du vélo dans les déplacements "utiles" tels que les trajets domicile/travail. Pour augmenter la part du vélo, il faut résolument s’engager dans la mise en place de tracés permettant des déplacements rapides et sûrs pour les cyclistes.

[9] Le SCoT est en fait un dossier qui s’élabore en plusieurs étapes : le diagnostic propose un état des lieux de l’existant ; le plan d’aménagement et de développement durable (PADD) se base sur le diagnostic et définit des orientations et des objectifs ; enfin le Document d’Orientations et d’Objectifs (DOO) décline les objectifs en prescriptions et recommandations concrètes qui devront être prises en compte dans les documents d’urbanisme tel que le PLU (Plan Local d’Urbanisme).

[10] Ces informations sont notamment le fruit des travaux de Biodiv.Balma

[11] Une zone Naturelle d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) est présente sur notre commune autour de l’aérodrome. Cette zone abrite en particulier des stations de Jacinthe de Rome, espèce protégée au niveau national.

[12] Parmi les objectifs pertinents pour ce secteur, citons :

  • La préservation de terres agricoles fertiles,
  • La préservation/restauration d’un corridor écologique autour des vallées de l’Hers et de la Saune ;
  • L’insertion dans la Métropole d’espaces naturels constituant des points de fraicheur face à l’enjeu du réchauffement climatique ;
  • La préservation de la vallée de l’Hers pour les caractéristiques citées ci-dessus et pour marquer l’identité des villes et quartiers au travers de paysages remarquables.
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